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Depuis 1988, Damien Odoul a écrit et réalisé dix courts-métrages, deux documentaires de création et cinq longs-métrages : "Morasseix", "Errance", "Le souffle", prix du Jury et prix Fipresci à Venise en 2001, "En attendant le déluge", sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2003 et "L’histoire de Richard O." sélectionné au festival de Venise en 2007. Quatre de ses recueils de poèmes ont été publiés, "Dix-neuf pour rien", "Faux HaÏku d'un occidental pas très orthodoxe", "Poèmes du milieu, 1 à 39" & "Poèmes du milieu, 40 à 88". Il a également mis en scène "Mefausti" au Théâtre des Bouffes du Nord en 2011.
"Le reste du monde", sélectionné au festival de Rotterdam, sera diffusé sur Arte à l'automne 2012. Damien Odoul est actuellement en post-production de son 7ème long-métrage. Pages
Méfausti
Damien Odoul a mis en scène « Mefausti » au Théâtre des Bouffes du Nord en octobre 2011.
Alors que depuis longtemps nous savons que l’enfer, c’est les autres… Qu’on le nomme le Cornu, Pieds Fourchus, Satan, Belzébuth ou Méphistophélès, qu’en est-il de nos jours de la figure du diable ? Avec la complicité de l’acteur Mathieu Amalric dans le rôle de Faust et entouré de ses acteurs fétiches, le cinéaste Damien Odoul ne craint pas de tenter le diable en consacrant son retour au théâtre à l’adaptation de Docteur Faustus de l’auteur élisabéthain Christopher Marlowe. Contemporain de Shakespeare, Christopher Marlowe ne croyait ni en Dieu ni en diable, ce qui ne l’empêcha pas, à l’issue des 24 années du fameux pacte passé avec le diable par le Docteur Faust, de précipiter son personnage dans les flammes de l’enfer. Damien Odoul se propose de mettre en abyme la fable d’hier et notre réalité contemporaine. Une manière d’engager malicieusement le dialogue avec un représentant des puissances des ténèbres qui n’a peut-être plus grand-chose à nous apprendre de neuf sur le mal aujourd’hui.
La chronique théâtrale de Jean-Pierre Léonardini
L’Humanité – 10 Octobre 2011
Damien Odoul, cinéaste apprécié, revient pour l’heure au théâtre, par où il a commencé, avec la création de Méfausti, « très librement inspiré » de la Tragique Histoire du docteur Faust (1588), de Christopher Marlowe (1). Il signe le texte avec David Wahl, il a conçu la scénographie, les lumières – de concert avec Sylvain Rodriguez –, il a mis en scène et il joue Méphisto. Beau travail dicté par une passion d’artisan. C’est terriblement intelligent dans la conception et brillant dans l’esprit des formes suscitées tout au long de la représentation, laquelle, à la fois tendue et désinvolte par à-coups, n’a besoin que de huit interprètes pour donner l’illusion de tout un monde. Question d’allure, de jus, de personnalité. Mathieu Amalric fait un Faust bien d’aujourd’hui, revenu de tout, cynique et veule, autodestructeur m’as-tu-vu, genre nouveau philosophe et plagiaire au bord du dégoût de sa propre imposture. Il va jusqu’à demander des comptes au diable, qui n’existerait pas plus que Dieu, mort depuis belle lurette.
Amalric, à la voix de métal bien trempé, souple de corps (ne va-t-il pas jusqu’à se friter avec le champion de boxe Fabrice Bénichou, tout vif-argent, qui apparaît en démon de poche tatoué ?), tient donc la dragée haute à Odoul, tantôt régisseur et parfait instigateur de mystères qui ne le dépassent pas, tantôt diable slameur présent-absent qui tire les ficelles mine de rien et n’aime rien tant que donner à bouffer à ses molosses. Il y en a deux, sacrément mastards. Autour, se meuvent de fortes figures en relief (Pauline Jacquard, on lui doit aussi les costumes ; Aurélie Mestres, par ailleurs à la tête d’un groupe punk-rock, qui offre là une création sonore inventive ; Cécile Chatignoux, comédienne amateur qui ne fait pas du tout amateur, et Mohamed Aroussi, danseur de Butô long comme un jour sans pain). Il n’en faut donc pas plus pour mettre en jeu un univers de cauchemar drolatique, avec dragon chinois, scène de luxure à la Félicien Rops et visite vachement pyrotechnique au pape, qui est une femme.
Il y a, dans ce Méfausti, si subtil sous des dehors sensiblement rugueux, un peu plus que du savoir-faire, ce qui ne serait déjà pas mal. On peut parler d’inspiration et d’une connaissance approfondie de l’air du temps, sans que jamais le trait satirique soit platement décoché. L’étonnant n’est-il pas que nous restons constamment, comme chez Marlowe après tout, dans le registre de l’indispensable espace métaphysique, fût-il considérablement dévoyé dans l’époque où nous sommes ? Il passe sur la scène un souffle d’humour glacé, lequel, grâce à un certain ton d’amicalité sous-jacente, engendre une sorte de connivence de bon aloi avec le spectateur, ainsi convié, en somme, à la pensée en œuvre par le truchement des corps qui s’agitent sous ses yeux. Il serait ma foi souhaitable que Damien Odoul puisse continuer de partager sa vie entre le cinéma et le théâtre, domaine dans lequel il semble apte à exercer une souveraineté singulière. Cela fait, paraît-il, vingt-quatre ans qu’il projette et médite ce Méfausti, dont le titre est à lui seul une jolie plaisanterie dialectique. On souhaite ardemment que se perpétue cette belle aventure entamée aux Bouffes du Nord, lieu de magie admirablement cérusé du parterre au plafond.